Traversée #2 : mon tout, mon roi

Ça y est meuf…. t’es maquée. C’est ton keum. Ton petit chat. Ton bébé. T’as changé ton fond d’écran. Planifié vos premières vacances. Tu l’as présenté à tes copines. C’est officiel. Tu es en couple.

Attention au décollage, prépare-toi à muter. Parce que quand les nanas sont amoureuses. Elles se transforment. Pas toutes. Pas toujours. Mais quand même pas mal. On dirait un conditionnement. Un réflexe de Pavlov. Comme si l’amour nous transformait en petit toutou qui attend son maître. Lui. Le plus beau. Le plus fort. Celui qui te rend fière. Entière. Ton mec.

Et là, même si tu ne l’aimes pas plus que ça. Même si dans le fond, tu sais bien qu’il n’est pas fait pour toi. Tu vas avoir un réflexe dégueulasse, un peu comme un reflux gastrique : tu vas te sentir soulagée. Et si tu l’aimes et que t’es persuadée que c’est the one and only. Tu seras soulagée aussi. Ça marche pareil. Parce qu’enfin, tu ne seras plus célibataire.

On t’a prévenue depuis le premier jour. C’est écrit dans ton nom de famille : une femme appartient d’abord à son père. Puis à son mari. Il n’y a pas d’entre deux. Parce qu’un nom de famille à soi, c’est une identité propre. Une amie me racontait qu’elle avait reçu un chéquier (le sien) avec écrit dessus Madame suivi du prénom et du nom de son mari. Un peu comme Madame Jacques Dupont. Allez meuf, t’as même plus de prénom. Même si la loi a changé, les femmes ne transmettent encore que très peu leur nom de famille à leurs enfants. Quand c’est le cas, il est souvent positionné en second, histoire de ne pas trop la ramener.

Le message est clair : une femme est définie au travers d’un autre. D’ailleurs, le plus souvent, une nana solo, c’est triste. Il n’y a que Beyoncé qui est assez cool faire un tube sur les Single Ladies. Pour toutes les autres (rebus du marché, laiderons, imbaisables, frigides, lesbiennes, féministes, garçons manqués… tu les connais) c’est un peu Bouhhhh les moches, concentrez-vous sur vos vies tristes et les croquettes de vos douze chats.

Je ne parle même pas des nullipares, ces femmes qui n’ont pas eu d’enfants. Soit dit en passant, on dirait que la personne qui a inventé ce mot a fait exprès de mettre nul dedans et de faire en sorte que ça ressemble beaucoup à nulle part. Parce que ce n’est même pas sensé exister. A noter qu’il n’y a pas d’équivalent masculin.

Allez on continue la leçon de vocabulaire avec un terme plus réjouissant : « nymphomane ». Nom féminin qui désigne une nana qui aime un peu trop faire la java du cucul. Son équivalent masculin le plus proche pourrait être « satyre » ou « personne souffrant de satyriasis ». Vous l’avez déjà entendu ? Moi non plus.

Revenons à nos nullipares. Une femme sans gosse c’est une femme qui a raté sa life. Point. La débile, elle n’avait pas compris que c’était son seul destin. Son unique choix. Parce que si tu as le droit de pas avoir réussi à en avoir, tu ne peux pas ne pas avoir (au moins, fais un effort merde) essayé. La pauvre, elle n’a pas pu avoir d’enfants. C’est pour ça que son mari s’est barré / Elle dit qu’elle ne veut pas de gamins, c’est qu’elle ne peut pas en avoir, c’est sûr. Elle a honte / De toute façon, elle est immature et égoïste, elle ne pense qu’à elle / Avec une tronche pareille, c’est peut-être pas plus mal qu’elle n’enfante pas celle-là.

Être en couple et plus tard avoir des enfants, c’est en fait valider sa condition de femme. Tu m’étonnes ma cocotte que tu te sentes soulagée de pouvoir enfin faire ce que toute la société te dicte depuis que t’es née. Pfiou. Bravo ma vieille. T’es pas passé loin.