Jungle #3 : les mots pour le lire

Au départ, sur cette page, j’avais créé un beau diapo de tous les livres cools que j’avais lus qui montrait comment j’étais une fille qui se voulait cultivée.

Cet page m’a toujours dérangé.

Parce que le fait que les livres choisis soient cools restaient clairement à débattre.

Tout autant que l’idée que je sois ne serait-ce qu’un peu cultivée.

Cette page me rappelait l’expression que j’avais beaucoup entendu dans mon enfance : la culture, c’est comme la confiture, quand on en a peu, on l’étale.

Alors, aujourd’hui, j’ai décidé de supprimer ma confiture moisie et d’écrire un vrai texte à la place. Parce que c’est quand même vachement hypocrite de se cacher derrière une validation sociale pour la dénoncer.

Cela ne veut pas dire que je n’aime pas lire.
Au contraire, je pense que les livres ont contribuer à sauver ma peau.

Même si je les ai souvent trop pris au pied de la lettre.
Il m’ont permis d’écrire, à chaque fois, une nouvelle page de ma vie.
A chaque fois que j’étais paumée, c’est un livre, qui a fermé (ou ouvert) un chapitre.

Une personne que j’ai croisée dans une ancienne vie m’a dit que chaque personne devrait écrire un livre, à un moment dans sa vie. Je trouvais ça poétique. Et politique. Ça évitait l’écueil que dans lequel la littéraire est souvent tombée : les riches racontent les pauvres. Ils racontent aussi tout le reste d’ailleurs.

Despentes et Louis ont bouleversé ma vie.
Ils m’ont donné le droit d’exister.
Ils ont fait côtoyer la violence et la beauté, le désespoir et la tendresse, la bêtise et l’amour.
Ils ont parlé de nous.
Les vaicu-e-s.
Ils nous ont rendu nos blessures et ont guéri notre gloire.

Je me suis dit qu’un jour, moi aussi, je ferai partie de ceux-là.
Que je ne serai peut-être lue de personne.
Et que j’aurais le courage d’en avoir rien à foutre.
Parce que c’est pas ça, qui compte.

L’important c’est peut-être d’être fière d’exister.
Même quand on a passé plus de temps à patauger dans sa propre merde.
Qu’à se bronzer le cul au soleil tous les étés.

L’important, c’était de témoigner.
De raconter.
D’être, ne serait-ce qu’une fois.
Vraie.

Et de passer des mots pour le lire.
Aux pages pour le dire.