Traversée #4 : les nerfs à vif

La colère peut être un bon moteur. Alors qu’elle s’immisce au sein de chacune des cellules de notre corps, engluant nos jugements dans une sorte d’amas visqueux et nauséeux, elle positionne, de manière très paradoxale, nos sentiments à distance. Comme pour les protéger. Les garder pour plus tard.

Dans une société hyper-normée – qui impose à chaque individu un cahier des charges d’une précision impressionnante, selon son âge, son sexe, son genre, sa couleur de peau, sa classe sociale, sa sexualité, son métier, j’en ai sûrement oublié – je me demande parfois qui se connaît vraiment. Lequel ou laquelle d’entre nous sait de quel bois il est fait ? Qui connaît son essence propre ? Quelle particule de nous-même n’a pas été générée en fonction de, par et pour ?

Dans ce contexte, la colère n’est-elle pas un rappel à l’ordre ? Un mécanisme créé pour aller trop vite, être bien trop rapide pour être refoulé. Le cri d’un cœur étouffé par tant de règles, qui hurle putain laisse moi respirer.

On confond souvent colère et violence. Comme si la première déclenchait la seconde. Aujourd’hui, je ne peux le nier, c’est souvent vrai. Je me demande seulement si nous avons lu l’équation dans le bon sens. Peut-être que c’est la violence (celles des autres, la nôtre) qui devrait provoquer notre colère, nous indigner, nous mettre en rage.

Peut-être qu’à l’essence même de notre fabrication (cette pureté non normée que nul-le que connaîtra jamais), la colère se voulait seulement être un cri du cœur face à l’inhumanité de la violence. Un instinct de survie. Une alerte pour plus d’amour. Les nerfs comme des cordes sensibles. Un ensemble vibrant pour plus d’harmonie. De délicatesse. La tempête pour faire résonner le calme. Le bouillonnement pour annoncer un besoin critique de paix.