Jungle #4 : guérir

Quand j’ai écrit le premier texte de Meuf King Kong, c’était sur un compte Medium que j’ai partagé avec environ trois personnes. Je venais de passer une vraie journée de merde, énièmes huit heures d’affilées coincée dans un taf qui m’emmerde, un de ses corporate bullshit jobs qui n’apportent rien à personne, à commencer par moi.

J’ai écrit comme on chiale. Pissé 3000 signes d’un texte que j’ai à peine relu. Cliqué sur « Publier », presqu’essouflée par l’effort. Celui d’être moi-même. Sans concessions. Sans fard. Sans excuses.

J’en ai écrit deux autres, celui-ci et celui-là.

Puis je me suis arrêtée.

C’est là que les questionnements ont commencé. Et si on me reconnaissait ? J’ai eu honte de ma propre vérité. De celle que j’étais vraiment. Sensible, brutale, paradoxale, maladroite… Ça ne rentrait plus dans le moule, celui qui m’étouffait depuis tant d’années : je n’étais ni sage, ni polie. Je parlais d’expériences assez tristes et parfois traumatisantes, sans faire preuve de cette « dignité » indispensable.

Il faut toujours pleurer sans bruit. Le plus souvent, ne pas pleurer du tout.

Je me suis demandée à qui cette injonction au silence, que j’avais si bien intériorisée, profitait. Je n’ai pas mis longtemps à trouver. Je n’ai pas récrit pour autant.

J’ai étouffé.

Et puis, j’ai commencé à bidouiller un petit site.

Puis, là encore, j’ai douté.

J’ai finalement décidé que ce serait juste comme ça, pour continuer de respirer. Que je ne le mettrai jamais en ligne. Pour ne pas faire de bruit, ne déranger personne et surtout, ne pas me mettre en première ligne.

Aujourd’hui, mes mots y sont, en première ligne.
C’est parfois dans les tranchées qu’on commence à guérir.