Traversée #6 : et l’eau du bain

Il y a des choses dont on ne guérit pas. Des dueils qu’on ne fait jamais. Des personnes qui nous marquent au fer rouge.

Il y a des amours qui nous détruisent pour toujours. Parce qu’ils ont tué une partie de nous-mêmes, de ce qu’on était ou de ce qu’on croyait vouloir devenir. Il y a des romances qui se terminent mal, d’autres qui ne se finissent jamais. Qui reviennent, parfois, comme des douleurs chroniques, des vieilles rangaines, des chansons dont on n’oubliera jamais les paroles, celles qui nous prennent la tête.

Il y a les gestes, les attitudes, les souvenirs réels et ceux fantasmés, ces mots qu’on aurait bien aimé prononcer, ces situations qu’on aurait aimé changer.

La réalité est souvent décevante.

Il y a ces deuils qu’on refuse de commencer. Ces dénis qu’on perpétue. Ces odeurs qu’on essaye de retrouver. Il y a ces gestes qui nous rapprochent de ceux qu’on a perdus. Ces clopes qu’on rallume.

Et puis, il y a les regrets. Les absences. Les manques. Et si. Et si.

Il y a tout ce qu’on n’a pas dit et ces putains de phrases avec lesquelles il aurait mieux valu s’étouffer. Il y a la lucidité qui nous transperse la poitrine, la culpabilité qui nous étouffe.

Et si. Et si.

Il y a des versions de nous qu’on croît avoir été mais qu’on ne deviendra définitivement jamais. Ces mensonges qui ne nous bercent plus. Ces motivations qu’on ne trouve plus.

Ces abandons de soi.

Il y a les dents serrées. Les regards perdus dans le vide. Le souffle court. Le coeur lourdé.

Il y a la peur de l’après. Savoir qu’on ne fera pas forcément mieux. Souvent, on sera pires.

Il y a ces messages qu’on reçoit des années après et auxquels on n’a plus la force de répondre. Parce qu’on n’y croit plus. Et puis ceux qu’on arrive toujours pas à effacer. Parce qu’on n’arrive pas à y croire.

Il y avait tous ces toi et il y avait toutes ces moi. Il y avait ces mauvaises paires. Ces confusions. Il y avait nos amours déprimées, lasses, datées.

Il y avait ces expressions, ces habitudes, ces sons. Ta volonté qu’on s’appelle pour toujours raccrocher au bout de quelques minutes. S’en tenir à l’essentiel pour souvent ne rien se dire. Parce que ça suffisait pour s’aimer.

C’est trop tard que je l’ai compris.

On pointe parfois aux abonnés absents de sa vie. Parce que c’est trop dur. Parce que ça brûle.

On joue des rôles. Ils nous étouffent.

Alors on jette le bébé.

Et l’eau du bain.

Pour tout recommencer.