Traversée #8 : swipe right

Un jour, je me suis inscrite sur une application de dating. J’avais plus peur de me faire découper en morceaux par un serial-killer que de rencontrer l’amour, alors j’ai créé un profil qui ne permettait pas qu’on me reconnaisse. Très pratique pour plaire à quelqu’un. J’ai mis une photo de moi, de profil, de loin, un peu floue, datant de quelques années. J’ai refusé de remplir les champs obligatoires correctement. A la place j’ai écrit deux vérités et un mensonge. Je ne me rappelle plus des vérités mais le mensonge était que j’avais gagné une émission de télé-réalité en Australie. Encore aujourd’hui, je ne sais pas pourquoi j’ai écrit ça.

J’ai commencé à discuter avec des garçons. Et quand t’es pas très douée pour amorcer des conversations dans la vraie vie, faut croire que ça ne vient pas plus naturellement sur une appli. En plus, comme j’aime pas trop la technologie, je n’y allais pas très souvent. Bref, j’avais bien préparé mon échec.

Et puis, il y a eu ce mec. Avec qui, contre toute attente, le courant passait bien. Il m’a invitée à prendre à verre. C’était la journée de Noël au travail. Je portais un pull moche avec des petits cerfs et des petites étoiles dessus. Je suis allée au rendez-vous comme ça. Je me suis dit que soit ça le ferait rire et démontrerait un bon niveau de cool, soit il ne rigolerait pas et je pourrais rentrer chez moi sans regrets. Il a ri. Moi aussi. En fait, on s’est marrés pendant plus d’une heure. Ce n’était pas gênant. Et il était encore plus beau que sur sa photo.

Pour notre deuxième rencart, il a mis un pull de Noël. Juste pour me faire rire.

Long story short. C’est devenu mon petit koala.

Ce que j’ai su quelques semaines après tout ça, c’est qu’il a failli annuler le rendez-vous au dernier moment. Parce qu’il s’est dit que j’étais soit très moche, soit un mec, soit les deux. Que mon profil était trop bizarre. C’est son frère, qui l’a convaincu de venir me rencontrer.

Long story short. Son frère est cool.

Durant ma vie sentimentale, il y a des moments où je me suis un peu obstinée (beaucoup ?) pour des résultats allant de décevants à médiocres. Quand ça veut pas, ça veut pas. Et puis, là, alors que les conditions météorologiques n’étaient pas franchement propices à la romance, la mayonnaise a pris.

La seule chose qui avait changé, en fait, c’était moi. Pour la première fois, je n’ai pas essayé d’être validée par un autre regard, j’ai été totalement moi-même, jusqu’à l’absurde. Et j’ai continué de suivre cette ligne de conduite.

Un soir, j’avais prévu de faire un peu de sport avant de le rejoindre. Je ne suis pas allée faire de sport, j’ai pris un verre avec des copines. Puis un deuxième. Et encore quelques autres. Je n’étais plus très fraîche et je puais la clope. Je l’ai appelé pour le prévenir que je n’avais pas fait de sport et qu’en plus, j’étais bourrée. Je crois même lui avoir dit que j’avais faim et que ce serait cool s’il me faisait chauffer des pâtes. Grande classe… Ce soir là, pour ne pas y aller de main morte, j’ai eu l’alcool triste et j’ai un peu (beaucoup ?) chialé. Je ne sais plus vraiment à propos de quoi. Le lendemain, je me suis dit qu’il allait me quitter. Ca faisait très peu de temps qu’on sortait ensemble… c’était beaucoup pour une seule soirée.

Quelques mois après, on a reparlé de ce glorieux moment. Pour moi, c’était un souvenir honteux. Pour lui, c’était comme un déclic, un moment où je l’avais fait bien marrer où il s’était dit que j’étais cool. Ca l’a même encouragé à poursuivre.

Alors là, c’est le moment où j’interroge quand même les attentes et goûts d’un mec qui s’entiche d’une nenette avec un profil dating de sociopathe, qui vient au premier date habillée comme Les Deschiens et qui se bourre la gueule avant un rencart au bout de quelques semaines. C’est aussi le moment où je décide que c’est ce qui le rend peut-être aussi génial. Et parfait pour moi.