Jungle #8 : oh my Darlene

Souvent, au cinéma ou dans les séries, les personnages féminins sont dans le meilleur des cas décevants, le plus souvent insignifiants. Ils sont pour la plupart décoratifs. Très fréquemment maltraités (je me suis il y a peu imposée la règle de ne plus regarder une série où une femme était agressée sexuellement. Je n’ai plus beaucoup regardé de séries depuis…). Quand l’histoire est centrée sur une femme, on connaît l’histoire, son unique but est de trouver un mec.

Même Wonder Woman, qui est tout de même plus intéressante que la plupart des nanas qu’on a vues récemment, est un canon parfait de beauté, n’a aucun poil, est hyper maquillée et, bien entendu, sauve le monde en talons.

On y était presque.

C’est donc avec surprise (et joie) que j’ai découvert les personnages de la série Ozark. Pour celles et ceux qui ne connaissent pas, Ozark, c’est l’histoire d’un père de famille qui blanchit l’argent d’un cartel de drogue mexicain.

Si quasiment tous les personnages féminins de la série sont intéressants, attardons-nous sur Darlene Snell.

Darlene est libre. D’une liberté dangereuse, presque folle. C’est un personnage complexe, imprévisible, violent, sournois, doux et drôle. Ce qui est rafraîchissant chez elle :

Darlene est une entrepreneuse accomplie, qui évolue dans un secteur masculin. Son job : cultiver, avec son époux, des champs de pavots (elle vend donc de l’héroïne).

Darlene est impulsive, brutale et violente. La première scène où elle apparaît, elle semble pourtant d’une douceur incroyable… Telle une parfaite petite femme au foyer, elle apporte le thé à l’invité de son mari, le renverse, se confond en excuses, courbe l’échine… pour mieux lui injecter une seringue mortelle dans le cou.

Darlene fait ce qu’elle veut. Elle n’obéit à personne, à aucune injonction de la société. Son mari lui-même dira à plusieurs reprises qu’elle lui fait peur, qu’il n’a jamais réussi à la suivre.

Darlene est d’une beauté redoutable. Beauté qu’on ne voit malheureusement jamais à l’écran. L’actrice qui interprète le rôle a 68 ans. Elle a les cheveux longs et grisonnants, la musculature prononcée, de magnifiques rides plein le visage. Et elle marche comme un mec, détail qui m’a toujours fascinée chez certaines filles.

Darlene est sexuelle. Les scènes de sexe sont très rares dans Ozark. Le personnage le plus sexuellement actif, c’est elle. On la voit d’abord au lit avec son époux puis avec son amoureux, qui a probablement 50 ans de moins qu’elle. C’est d’ailleurs assez rare de voir des couples où la femme est plus âgée que le l’homme (et surtout d’autant d’années).

Darlene est nullipare (elle n’a pas eu d’enfant). Elle décide de devenir mère à 70 ans. Et cherche donc à adopter.

Darlene tire une balle de fusil dans le pénis d’un homme qui a agressé sa belle-sœur. Le jeune homme en question est le fils d’un baron de la mafia. Elle le sait, s’en fout. Elle ira elle-même voir le papa du monsieur qui n’a désormais plus de kiki, le regardera droit dans les yeux en lui disant qu’elle est prête pour la guerre s’il le faut. Elle va même plus loin en lui proposant de travailler pour elle. Sans surprise, il se pliera aussi.

Darlene est chaleureuse et tendre. Elle est loin du baron de la drogue sans cœur. Elle aime son mari comme au premier jour, le couvre de caresses. Elle fera de même avec son second amoureux.

Darlene est maternelle. Un instinct qu’elle découvre donc sur le tard, mais qui l’épanouit au plus au point. C’est d’ailleurs quand elle recueille un bébé qu’elle décide aussi de relancer ses affaires. C’est un empire qu’elle lèguera à cet enfant.

Darlene est drôle. Qualité assez rare chez les femmes au cinéma. Les hommes font des blagues grasses, les femmes rient (même quand c’est pas marrant).

Darlene se moque du regard des autres. Et le trait n’est pas forcé. Cela semble si naturel que c’en est déconcertant. Elle est. Tout simplement.

Darlene lit énormément. Déjà, elle est presque toujours dans une position active dans les scènes. Ce qui est aussi assez rare pour une femme à l’écran. Quand elle est présentée dans une posture plutôt passive, souvent, elle lit. Donc apprend. Donc devient encore plus forte.

Darlene n’est pas sage. Ni dans le sens calme, ni dans le sens moralisateur. Elle est rugueuse et bouillonnante.

Darlene est cruelle. Elle sert avant tout ses propres intérêts. Elle est très loin du sacrifice permanent qu’on impose aux femmes, qui doivent toujours s’effacer, faire au mieux pour les autres.

Ce que j’aime, chez Darlene, c’est justement qu’elle bouscule. On l’aime et la déteste en même temps. Quand une scène commence et qu’elle en fait partie, même s’il y a plusieurs personnages, c’est elle qu’on regarde. Même quand elle ne parle pas. Son charisme, son caractère puissant et imprévisible font qu’on l’attend. On en redemande.

Je n’avais jamais vu un personnage de femme comme celui-ci, encore moins celui d’une vieille dame. Et c’est vraiment, vraiment rafraîchissant.

Nous qui avons si peur de vieillir, on serait peut-être plus sereins et sereines si on évoluait avec des représentations positives de cette tranche de nos vies.

Car plus que tout, Darlene est une force de vie.