Traversée #10 : Sundae cacahuètes

Il y a encore peu de temps, je pensais qu’être en couple avec quelqu’un, c’était ressentir un bonheur intense à chaque minute passée avec l’être aimé, être torturée par un désir sans limite, être subjugée par cette entente parfaite, ces conversations qui n’en terminent pas, ces visions accordées au détail près. Bref, un accord total, un ciel sans nuages, un Sundae caramel double dose de cacahuètes. En somme, du pur bonheur.

Et puis, j’ai fait partie, peut-être pour la première fois de ma vie, d’un vrai couple. Vrai ne voulant ici pas dire valide, mais réaliste.

Et disons que mon Sundae s’est parfois transformé en Mc Flurry d’une saveur toute tapée (genre Speculoos), en mode fond du pot quand les miettes ne sont plus qu’une poudre super sèche. Yavait le sucre, le gras, l’excitant, le réconfortant… mais c’était pas un Sundae.

Mon premier réflexe, ça a été de me dire que je m’étais trompée de parfum. Parce que des fois, je suis con.

Et puis, j’ai essayé de pousser la réflexion. Pourquoi je voulais que ma vie de couple ressemble à un happy-end de dessin animé de Disney ? Un teen-movie tout cheap ? Un truc trop gras, trop sucré et trop écoeurant pour être bon pour la santé. Est-ce que je voulais vraiment d’un amour crème glacée ?

Ca m’a fait me poser une autre question : qu’est-ce que j’attends vraiment d’une vie de couple ? Et la réponse a été d’une simplicité déroutante. Je voulais être aimée. Aimée voulant dire ici validée et/ou adulée. Je voulais que mon partenaire se donne pour mission de me rendre heureuse chaque jour, qu’il me rassure sur mon physique comme sur mes qualités d’être humain tout ce qu’il y a d’exceptionnel, et, évidemment, qu’il soit toujours d’accord avec moi.

En gros, je voulais qu’on me materne. Comme un gros bébé. Un bébé capricieux.

Ca m’a paru d’autant plus étrange que ma vie sentimentale a souvent été remplie de crèmes glacées amères et un peu avariées. A l’époque, je ne faisais pas très attention aux dates de péromption et je faisais durer un peu trop longtemps des idylles, qui, en réalité, auraient mieux fait de ne jamais commencer.

Je me rappelle que lorsque j’étais adolescente, je voulais que mon mec ait trop qualités : qu’il ait les yeux bleus, une moto et qu’il me fasse à bouffer tous les jours. Quand j’étais jeune, j’étais quand même vachement beauf.

Depuis, heureusement, j’ai évolué.

Grâce à un Cupidon fait d’algorithmes, j’ai trouvé quelqu’un qui n’a pas ces trois qualités. Il est bien mieux.

Et le mec, il m’a perturbée. Moi. Mes croyances. Mon fonctionnement. Il était trois cent fois plus prêt pour le couple que moi. Lui, il savait, que l’amour façon crème glacée, ça n’existait pas. Et que si ça existait, ce serait au mieux ennuyant. Au pire, dangereux.

Evidemment, je ne l’ai pas cru. Ca sous-entendait de changer d’avis, de me remettre en question et de faire un travail réel sur moi pour m’améliorer. Avoir tort me coûtait bien plus qu’une pique à l’égo. Il allait falloir bosser. Rien que l’idée me faisait chier.

Comme toute personne sensée, j’ai donc demandé à Google ce qu’était un couple réussi. Je suis tombée sur des articles plus sexistes tu crèves, mais aussi sur des posts assez touchants et instructifs.

En fait, il avait raison.

Je devais bosser.

J’ai fait comme à chaque fois que je dois apprendre quelque chose. J’ai lu tout ce que je pouvais lire sur le sujet. Un livre a retenu mon attention. Il a été écrit par la psychologue Florentine D’Aulnois-Wang. Elle donne surtout tout un tas de techniques et de rituels, et j’avoue que je n’étais pas encore prête pour autant de tendresse émotionnelle. Mais j’ai été soulagée par sa vision du couple. Car elle est surtout rassurante.

Un couple qui marche, c’est un couple qui traverse des crises. Point. Elle a bien dit des. Pluriel. Multiples. Pas drôles. Dérangeantes. Désespérantes. Ya des moments crème glacée et autant les savourer car ils seront de précieuses réserves pour les famines du love, du cul et de la tendresse.

Je pense que je résume assez mal son bouquin, parce qu’il est très positif et écrit de manière assez jolie. Mais en somme, selon elle, nous sommes attirés (de manière consciente ou non) par un partenaire qui va pas mal nous faire bosser sur nous-mêmes. Un couple c’est un lieu d’amour. Un lieu de progrès. Un lieu où chacun grandit.

Et elle dit aussi quelque chose de chouette, c’est que chaque partenaire est responsable à 100% de la relation. Et non, chacun gère son petit 50%. Elle résume cela en 10 mantras. Je ne vais tous les citer. Ceux qui ont le plus fait sens pour moi sont les suivants :

Intox : Il faut changer de partenaire.
Info : Il faut changer la relation.

Intox : Ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants.
Info : Ils se marièrent et eurent beaucoup de conflits pour grandir.

Intox : Il faut trouver le bon partenaire.
Info : Il faut être un bon partenaire.

Quand j’ai lu le dernier, je me suis questionnée. Suis-je une bonne partenaire ? A certains égards, la réponse était un grand non. J’avais été, en effet, et assez souvent, un gros bébé capricieux.

Alors, j’ai essayé de changer. Et ça a commencé par avoir une vision plus réaliste (et plus personnelle) de ce qu’était un couple qui me rendrait heureuse. Et voilà ce que j’ai appris :

Une relation, ça se construit. Tous. Les. Jours. Dans de beaux moments romantiques, dans les fous-rires, dans la tendresse mais aussi dans pas mal d’échanges désagréables où l’on hausse la voix, on fait preuve d’une mauvaise foi redoutable et on termine avec la morve au nez.

Un couple, ça met avant tout face à soi-même et ses propres failles. Un bon partenaire, c’est un putain de miroir, pas déformant ni embellissant. Ca te montre ta gueule pas réveillée avec des rides et des boutons. Mais ça t’apprend aussi à trouver ça paradoxalement assez joli.

Un partenaire n’a pas pour mission de rendre l’autre heureux-euse. Il-elle a déjà bien assez de boulot avec son propre bonheur, surtout dans ce monde de chiotte.

La personne qui t’aime, c’est celle qui va te rouler une pelle alors que tu t’es pas brossée les dents. Qui va t’emmener à l’hôpital à deux heures du matin parce que tu fais une hémorragie de la chatte. Qui va te faire des blagues dans la salle d’attente pour te rassurer, alors qu’en vrai, il est en panique.

Ya des moments où ce sera ni génial, ni nul. Ce sera neutre. Et c’est bien aussi.

La routine, c’est magique. C’est ce qui fait que lui est lui et que toi est toi et que nous sommes nous.

La liste est sûrement plus longue, mais mon Sundae cacahuètes m’a sifflée par la fenêtre pour me demander si je voulais boire des bières ce soir. Il est en train de me faire chauffer une pizza (parce que j’avais dit que je cuisinerai mais en fait j’ai écrit sur mon site un peu plus longtemps que prévu).

Et là, c’est prêt.