Traversée #12 : deux de coeur

Certains jours nous demandent d’être schizophrènes.
Nous, les artistes dans l’âme, nous sommes coupés en deux.
Divisés entre nos émotions si fortes, nos élans de créativité et ce monde terre-à-terre, qui parfois, nous étouffe, nous plaque si fort au sol que nous avons même peur de nous relever.
Sauf quelques rares élus, nous passons le plus clair de notre temps hors de notre maison de vie, de notre coeur.
Nous sommes loin de nos carnets, de nos crayons, de nos pinceaux.
Nous nous sentons coincés dans ces jobs qu’on appellent « alimentaires » ou chaque contrariété est bien plus qu’une simple roue d’un système qu’on appelle le travail.
C’est un message, un appel, une voix qui nous crie de nous enfuir.
Qui nous rappelle qu’on n’a rien à faire là.
Et quand vient le temps de la création, nous sommes épuisés. Assoiffés. Meurtris d’avoir dû nous contortionner pour entrer dans une peau qui n’est pas jamais à notre taille.
Alors on se persuade.
Que c’est juste la vie.
Qu’il faut bien subvenir à ses besoins.
Et c’est tout à fait vrai.
Qu’on créera demain, le week-end prochain ou pendant les vacances.
Et c’est parfois faux.
Parce qu’il faut plus qu’un rendez-vous avec soi-même pour s’y mettre.
Ce n’est pas vraiment une question de motivation.
C’est une petite mort à combattre à chaque instant.
Avoir une âme artiste, ce n’est pas être talentueux.
Il n’y a pas de talent dans l’art.
Comme il n’y a pas non plus de raté-e-s.
Il y a seulement des millions d’âmes de poètes-ses qui aspirent à plus.
Qui cherchent le beau.
Un beau dont la définition leur appartient.
Qui cherchent la liberté.
Une liberté qui les autorise à être simplement eux-mêmes.
Qui cherchent l’amour.
Un amour inconditionnel et sans limite.
Qui cherchent l’erreur.
Ces failles qui nous rendent si singuliers, si forts.
Qui cherchent la vie.
Cette vie remplie de poésie où chaque voyage est une initiation, chaque mot une émotion, chaque rayon de soleil une caresse.
Avoir une âme d’artiste, c’est voir le monde avec une sensibilité unique.
Souffrir avec lui. Rire avec lui.
Avoir une âme d’artiste dans un monde réaliste.
C’est être en marge.
Et beaucoup se plier.
Et plus le temps passe et plus il devient difficile de se tenir debout.
Et pourtant, nous n’avons pas le choix.
Parce que chaque miette de création nous garde en vie.
Même la plus petite.