Traversée #13 : à coeur ouvert

Le pardon, c’est un sport de combat.
Des coups, du sang, de la morve, de la sueur, de la transpiration.
Des abandons. Des pleurs.
Putain je vais pas y arriver.
Des reprises de volées.
Des emjambées.
Un coup-sec en plein dans les couilles.
Une dent arrachée.

Le pardon, c’est une opération à cœur ouvert sans anesthésie.
Et le chirurgien, ma vieille, c’est toi.

Sauf que t’as pas fait médecine.
Tu ne sais pas par où commencer.
Ça pisse le sang, ça pue, c’est angoissant.

Pardonner, ce n’est pas oublier.
Pardonner, ce n’est pas se réconcilier.

Pardonner, c’est recoudre toutes les parties flinguées de soi-même.
C’est retourner sur le champ de bataille qui te fait encore cauchemarder.
Essayer de retrouver tes membres bien dégueulasses éparpillés.

Pardonner, c’est pas joyeux.
C’est pas jovial.
Ça fait pas bander.

Pardonner, c’est devoir couper.
Couper pour éviter à la gangrène de tout emporter.

Parce que sur un corps nécrosé, plus rien ne repousse.
Alors faut cicatriser.

Pardonner, ce n’est pas un acte franc. Un acte entier.
C’est une ardoise, une dette qu’on va diminuer.
Pas à 100%. Mais on va peut-être essayer de la réduire de moitié.
Juste déjà pour commencer.
Pour continuer à respirer.

Pardonner, c’est se libérer dans la douleur.
C’est aussi laisser mourir ces parties de soi qui se sont tant battues pour sortir de ces putains de cachot.
Celles qu’il va falloir trahir. Celles qui hurlaient au sang. A la vengeance.
Celles qui ont tenu seulement en imaginant le mal qu’elles feraient une fois sur pied.
Même si ça sert à rien, juste pour équilibrer.
Celles qui après en avoir tant bavé, vont encore devoir être sacrifiées.

Pardonner, c’est une opération à cœur ouvert.
Où le chirurgien, ma vieille, c’est toi.

Et t’as deux fois : filtrer le mauvais sang, prendre ton propre cœur entre les mains et le forcer à pomper.
Ou le laisser s’en aller.

Pardonner, c’est manquer cruellement d’options.
Être réduite à cette horrible simplicité.
Le chemin A où t’en chies mais tu vis.
Ou le B où t’en chies et t’en crèves.


Photo : Kyle Thompson