Jungle #14 : détrompe-moi

Un jour, l’une de mes collègues s’est retrouvée dans une situation difficile. Elle n’a pas reçu beaucoup de soutien, ça l’a minait, et je me rappelle qu’elle m’a dit : ce genre de situation révèle les vrais caractères. C’est le moment où toute égocentrée que je suis, je me suis enorgueillie d’être restée un être humain décent à son égard.

Faut croire qu’elle ne parlait pas de moi…

Quelques jours après, sa situation s’empirait. Certains devaient en payer les frais : elle m’a jetée sous le bus, sans aucun état d’âme.

C’était donc ça, la révélation des caractères.

Même si ça m’a saoulée, j’imagine qu’elle faisait face à ses propres limites et qu’elle avait ses propres raisons. Et je n’aime pas parler des autres, car, au final, on ne sait jamais trop pourquoi ils sont parfois des cons.

Côté révélation de caractère, ça m’a surtout mis face à moi-même et à la désagréable impression de retourner dans mes anciens travers : celui de la petite fille sage qui manque cruellement de confiance en elle et qui va faire beaucoup trop pour plaire à des gens qui se tapent bien de sa life.

Ça avait commencé avec mes supérieurs hiérarchiques, qui me demandaient d’encaisser beaucoup de choses dans l’espoir d’une contre-partie qui devenait de plus en plus floue voire potentiellement inexistante. De c’est sûr ma cocotte à on verra plus tard j’ai pas le temps, puis on ne sait plus trop tu comprends c’est compliqué

Comme je suis quelqu’un de très vif, je me suis dit que le problème venait de moi, j’ai donc redoublé d’efforts pour montrer ma valeur. J’en ai fait davantage. J’ai eu une attitude positive qui se transformait peu à peu en déni bien installé aux sourires fatigués. Et sans surprise, plus je donnais, moins je recevais.

Ça c’est fini par un énième « on verra« . Puis la situation générale de l’équipe s’est dégradée. L’une de mes collègues a pris un peu plus cher que les autres. Je l’ai soutenue. A tort.

J’ai fait le bilan : je n’avais aucun accord écrit donc aucun accord tout court. Si un pépin arrivait, ce serait pour ma pomme. Et le pépin est arrivé et la pomme a pris un peu cher. Ça m’a découragée. Ça m’a mis en rogne.

Pas contre eux. Parce que je me dis qu’il y avait sûrement du bon dans chaque trouduc. Même pas contre le système, puisque l’un dans l’autre, j’en profite. Et puis surtout, parce que ce genre de crasses, j’aurais dû le voir venir, je connaissais cette musique.

J’avais les nerfs contre moi. D’être rentrée dans ce jeu du flou, du rien d’officiel, du prouve ta valeur, du sois gentille et docile, du déséquilibre revendiqué, du management à papa qui te met des tapes dans le dos.

J’avais les nerfs d’avoir pris mon travail tellement au sérieux.

J’étais déçue de le corréler autant à ma valeur personnelle. De lier les opinions des collègues que je connaissais aussi peu qu’ils me connaissaient à l’avis que je me faisais sur moi-même.

J’avais honte d’avoir fait confiance à des gens qui ne le méritaient pas.

Parce que j’étais venue, j’avais vue et j’étais vaincue. En mode ras-la-gueule de l’arnaque sociale, le pseudo bonheur au travail dans la gorge jusqu’à plus soif.

J’avais la gerbe.

Parce qu’à ce jeu là, on m’y reprenait pratiquement à chaque fois.

Alors, j’ai essayé de lâcher.

Et j’ai accepté d’avoir perdu.

Sans honneur. Sans bravoure.

Et j’ai décidé de me reconcentrer sur les choses qui me rendaient heureuse et qui me faisaient me sentir complète : mes proches, l’art, l’écriture et les gâteaux au chocolat.

Ça suffisait.

Ça avait toujours suffit.

Et ça suffirait toujours.