Chair #3 : en attendant le déluge

J’ai les seins qui pètent.
Je suis complètement épuisée.
Je suis en pleine déprime.
J’ai les jambes fatiguées.
J’ai des boutons.
Les pores dilatées.
Des cernes bien creusés.
J’ai le bide gonflé.
Les jambes dodues.
J’ai envie de chialer, de manger, de baiser.
Je veux dormir toute la journée, refaire ma vie, m’envoyer la terre entière.
Je veux rester couchée toute la journée seule sous ma couette, qu’on me gratte le dos.
J’ai envie qu’on me fasse des gentils câlins, qu’on me foute la paix.
Je veux enchaîner frites, cookies, houmous et café au lait.

Les ricains appellent ça le PMS.
En gros, je vais avoir mes règles.

On est un ou deux jours avant.
Ensuite, ce sera le déluge, les crampes et les maxipads dans le sliboute.
La peur de tâcher les draps, les jeans, le canapé.
L’envie constante de chialer.
Les nerfs à vif.
Et puis toujours cette putain de fatigue.

Faudra faire comme si de rien était.
A limite de la honte.
Être un bon soldat.
Avancer, même en sang, le dos bien droit.

J’aurais bien aimé savoir ce que ça donnerait, un mec qui saigne du bout de la queue, tous les 28 jours.
Est-ce qu’il irait discrètement aux chiottes quand les anglais débarquent ?
S’enfiler un tampon bien sec dans l’endroit le plus sensible de son corps ?
Allez on pousse un peu plus loin, oups non pas de travers, putain j’en ai plein les mains, allez encore un effort.
Sortir tout sourire.
Continuer à être beau…

Ptet que si ça avait été l’inverse, ils auraient pu nous vendre ça comme le signe ultime de la virilité.
Saigner tous les mois, fièrement, sans jamais crever.
On aurait dû les admirer pour leur courage.
Comme t’es beau mon cœur, une fois de plus, t’as pas cané

Ptet qu’on aurait glorifié leurs envies de meurtre, leurs pleurs, leurs fringales, leurs sauts d’humeur.

En attendant, c’est toujours les meufs qui rincent.
En l’occurrence, dans deux jours, ce sera moi.
Et dans un mois, ça recommencera.