Jungle #16 : ad vitam

Je vais te défoncer.
Te dépouiller.
De ta jeunesse.
De ta fougue.
De toutes tes brillantes idées.

Je vais les tordre.
Me les foutre en bouche.
Les savourer.
Te faire saliver.
Pour mieux te les recracher à la gueule.

Allez mon petit
Ouvre bien grand.
Encore une cuillère pour maman.


Je vais prendre mon temps.
Je vais t’écouter.
Je vais bien te comprendre.
Je vais juste te spolier.

Parce que ta vie, ta douceur, ton humanité.
Tu sais bien où tu peux te les carrer.

J’aime dominer.
J’aime pavaner.
Et si tu joues pas le jeu, bah, je peux pas exister.

Alors je vais t’obliger.
A me regarder.
A m’écouter.
A me respecter.
A me craindre.
A m’obéir.

Je vais t’humilier.
T’exploiter.
Te dresser.
Te baiser.

J’aime bien quand t’as mal.
Je bande mieux.
Tu la sens bien, toute l’étendue
…de mon pouvoir ?

Je vais te dégommer.
Te rapiécer.
A chaque fois que tu l’ouvres.
Un peu plus fort, je vais recommencer.

Je vais lever une armée.
Dont tu feras partie.
Vous pourrir à tous le cerveau.
Pour bien vous rappeler.

A chaque fois que vous aurez un surcroît d’audace.
Un peu de courage.
Bande de salopes, vous allez les ravaler.

Si j’aime le luxe, les belles choses et puis ton petit cul.
C’est pas vraiment pour ce qu’ils sont.
C’est parce qu’ils sont mes attributs.

Des signes extérieurs de ma richesse.
Qui nourrissent mon égo.

Putain qu’est-ce que j’aime m’entendre parler, lire, écrire.
Je suis le plus beau.
Le plus grand.
Le plus fort.

Je suis puissant.
Je suis sur-puissant.

Je t’écrase.
Je t’écrase.

Je vous écrase.

Parce qu’il n’y a pas de dominants sans dominés.
Je vais vous soumettre.
A toutes mes volontés.
Et elles sont nombreuses.
Mes caprices et autorités.

Je veux ta jeunesse.
Ta liberté.
Je veux ton temps.
Ta joie.
Ta capacité à penser.

Je veux ton argent.
Je veux ton bonheur.

Je veux tes beaux yeux.
Pour qu’ils m’admirent.
Pour qu’ils m’envient.

Mais putain.
Surtout.
Je veux que tu me dises merci.
Que tu me dédouanes.
Que tu t’excuses.

Bah oui, si je suis méchant
C’est parce que t’as pas bien écouté.
Ou pas compris.
Faut dire que t’es conne.

Putain heureusement que je suis là.
Pour t’éduquer.
Sans moi, tu serais perdue.

Allez viens là.
Monte sur mes genoux.
J’aime bien aussi quand t’es docile.
Ça me donne la gaule.

Quoi t’es pas contente ?
Dans les deux cas
Je saurais m’en contenter.

Soit tu me branles
Soit tu te prends une branlée.

Je suis ton papa.
Ton mec.
Ton meilleur ami.
Je suis ta petite sœur.
Ta grand-mère.
Ta boss.

Je suis tout le monde.
Et encore plus que ça.
Je suis partout.

Mais le pire, et tu le sais bien.
C’est que je suis toi.

Je t’ai appris à te détester.
A te diminuer.
Te réduire.
Te dissimuler.
Je t’ai mis au pied du mur.
Impossible maintenant de le franchir.

Sans t’amputer.
Je suis trop ancré.

Je suis le système.
Je suis le monde.
Je suis le rouage.
Je suis la peur.
Je suis le mensonge.
Je suis la tyrannie.
De ta réalité.
Je suis comme ça.
C’est plus fort que moi.
Je suis la vie.
Je suis ses choses.
Je suis.
Je suis.
Encore et toujours.
Pas après pas.
Je suis.
Je suis.
Toujours le même rythme.
La même tirade.
Le même hymne.
Siècle après siècle.
Je suis.
Je suis.
Je suis.
Je suis.
Je suis.
Je suis.
Et toi aussi.
Et moi aussi.
Et eux aussi.
On suit.
Nous suivons.
Ils suivent.
Nous tomberons.