Chair #4 : par tous les seins

Il y a quelques temps, j’ai senti une grosseur dans son sein droit.
Une grosseur qui me faisait flipper autant qu’elle me faisait mal.
En personne très relax et optimiste que je suis, j’ai donné mes dernières volontés à mon mec, à savoir que le peu de thunes que j’avais épargnées devaient aller à ma mère et que même si mon chat était une sacrée connasse, qu’il n’avait pas le choix que de s’en occuper jusqu’à ce qu’elle aussi clamse.
Il m’a dit que je devais peut-être voir un médecin avant de tenir ce genre de discours.
Il n’avait pas tort, mais ça rendait le truc trop concret… alors j’ai laissé l’angoisse et la douleur grossir, jusqu’à en avoir du mal à dormir.

J’ai fini par aller à l’hôpital. On m’a fait tout un tas d’examens, certains plus invasifs que d’autres.
L’une des docteures a vu une boule un peu suspecte, mais pas dans mon sein droit, dans le gauche. Celui où je ne sentais rien de particulier. On va faire une biopsie pour être sûres.
J’étais pas sûre de vouloir être sûre.
Je me suis dit qu’il y avait des situations où on avait le droit d’être lâche, que je pourrais juste continuer ma vie, comme ça, sans savoir si j’avais un cancer ou non, et peut-être qu’un jour, j’en mourrais, ou pas. Etais-ce vraiment important ?
Je n’ai pas eu le temps d’aller plus loin dans mes divagations. Une sorte de pistolet-aiguille était à l’intérieur de mon sein tout engourdi par l’anesthésie.
La docteure m’a dit : Il y a un peu d’adréline, ça va vous donner la sensation d’avoir peur.
Je l’ai rassurée en précisant que c’était pas une sensation, que j’avais bien les miches qui faisaient bravo.
Elle a ri. Moi aussi.
Au moins, j’avais toujours assez de jus pour me foutre de ma gueule, tout n’était pas perdu.

Deux semaines après, on attendait les résultats, qui ne venaient pas.
Je me suis dit que c’était peut-être les derniers jours de ma vie où je me croyais en bonne santé. J’ai senti comme une injonction au bonheur très forte, comme si je devais profiter au maximum de cette chance d’être en vie.
Sans surprise, je me suis déçue. Comme au jeu du Toi, tu ferais quoi si tu gagnais au loto, j’avais zéro ambition quant aux moments fabuleux qu’il faudrait que je passe pour ne pas gâcher mes derniers jours de bonheur.
Ca m’a juste fait chier de voir que je me sentais la pression de performer même dans ce moment un peu pourri.

Je me suis dit que j’aimais plutôt bien ma vie, ma petite routine un peu ennuyante.
Si je pouvais, j’arrêterais juste de travailler, pas forcément pour faire des choses passionnantes, mais pour apprécier encore plus glander.

Cet état d’esprit m’a paru être un sacré accomplissement.
Etre juste heureuse de ce que j’avais construit.

Les résultats sont arrivés. Je n’avais rien, à part du temps et de l’énergie pour profiter de ma petite routine.